Caméras de surveillance Dossier

Caméra extérieure : batterie ou filaire, laquelle tient l’année

Autonomies annoncées, charge bloquée sous 0 °C, rendement solaire de décembre : les chiffres des fabricants disent laquelle des deux tient l'année.

Deux caméras de surveillance extérieures blanches fixées sur l'angle d'une façade claire par un matin de gel : à gauche un modèle sur batterie coiffé d'un panneau solaire, à droite un modèle filaire dont le câble descend le long du mur.

En bref : ce que tient vraiment une caméra sans fil

  • Les autonomies annoncées supposent une activité quotidienne minuscule. TP-Link chiffre les 300 jours de la Tapo C425 sur « 230 secondes d’utilisation par jour », et précise que 360 secondes par jour ramènent l’autonomie à 180 jours.
  • Arlo n’annonce lui-même que 6 mois pour l’Arlo Pro 4 et 8 mois pour l’Arlo Pro 5, avec l’hypothèse écrite « moins de trois minutes d’enregistrement par jour ».
  • Une batterie lithium ne se recharge pas par temps de gel. La fiche technique de la Tapo C425 donne une température de charge de 0 à 45 °C, et Ring écrit que ses appareils « sont conçus pour arrêter la charge » sous zéro.
  • Le panneau solaire ne sauve pas l’hiver : d’après les données PVGIS de la Commission européenne que nous avons compilées, décembre reçoit 4 à 8,6 fois moins d’énergie solaire que juillet selon la ville et l’inclinaison du panneau.
  • Le filaire coûte au maximum 13,75 € hors taxes par an en électricité pour une caméra PoE de moins de 12 W, au tarif réglementé de 13,08 c€/kWh en vigueur au 1er février 2026. C’est le prix de l’enregistrement continu, impossible sur batterie.

Cet article ne repose sur aucun test maison : il rapproche les chiffres que les fabricants publient eux-mêmes, les barèmes de la Commission de régulation de l’énergie et les données d’irradiation solaire de la Commission européenne. Chaque valeur est vérifiable en cliquant sur le lien qui l’accompagne.

Une caméra extérieure sur batterie tient-elle vraiment un an ?

Non, sauf cas très favorable. Les autonomies de 300 à 365 jours affichées sur les emballages sont mesurées en laboratoire pour quelques minutes d’activité quotidienne. Arlo, plus prudent, n’annonce que 4 à 8 mois selon les modèles. En croisant ces autonomies et les rares mesures publiées, comptez deux à six recharges par an sur une façade fréquentée.

Le mécanisme est toujours le même : une caméra sur batterie dort. Elle ne se réveille que sur détection, filme quelques secondes, envoie sa notification, se rendort. L’autonomie annoncée dépend donc entièrement du nombre de réveils, et les fabricants fixent cette hypothèse eux-mêmes. TP-Link est le plus transparent du lot : la note de bas de page de la Tapo C425 indique que « l’autonomie de 300 jours est basée sur des tests en laboratoire TP-Link avec 230 secondes d’utilisation par jour » et qu’« une utilisation accrue de 360 secondes par jour réduit l’autonomie à 180 jours ». Passer de 3 min 50 à 6 min d’activité quotidienne coûte 40 % de l’autonomie.

Arlo publie la même hypothèse pour toute sa gamme : « l’usage moyen suppose que vos caméras enregistrent moins de trois minutes par jour ». Sur cette base, l’Arlo Pro 4 est annoncée à 6 mois, l’Arlo Pro 5 à 8 mois, l’Arlo Essential de 3e génération à 4 mois. Autrement dit, le constructeur qui documente le mieux ses chiffres ne prétend pas tenir l’année, même dans son scénario idéal.

Le cas des 365 jours annoncés

L’eufyCam S3 Pro revendique « jusqu’à 365 jours d’autonomie » avec une batterie de 13 000 mAh. La même page donne la consommation : « 100 à 200 mAh sur un jour et une nuit d’usage moyen ». Le calcul est immédiat : 13 000 divisé par 100 à 200 donne 65 à 130 jours sur la seule batterie. Les 365 jours ne sont donc pas une promesse de batterie, mais une promesse de panneau solaire. Eufy annonce d’ailleurs une récolte de « 450 à 900 mAh par jour » pour son panneau intégré, à la condition explicite d’un « ensoleillement optimal ».

Côté mesures indépendantes, les valeurs publiques restent rares et anciennes. Clubic estimait « à plus de cinq semaines » l’autonomie de la Ring Stick Up Cam Battery dans son test du 21 février 2020. Le modèle a évolué depuis, et cette valeur doit être lue comme un repère daté, pas comme une mesure actuelle. Elle situe néanmoins l’écart : cinq semaines relevées contre plusieurs mois annoncés, sur un produit installé en conditions réelles.

Pourquoi l’hiver casse l’autonomie, et le panneau solaire avec

Deux effets se cumulent en décembre, et les deux sont documentés par les fabricants. D’abord une batterie lithium refuse de se charger par temps de gel. Ensuite le gisement solaire s’effondre exactement au moment où les nuits sont les plus longues, donc où la vision nocturne et les spots consomment le plus.

La fiche technique de la Tapo C425 sépare deux plages de température qu’on lit rarement côte à côte : « température de fonctionnement : -20 à 45 °C » et « température de charge : 0 à 45 °C ». La caméra continue donc de filmer par -5 °C, mais elle ne peut plus reprendre un seul milliampère. Ring le dit encore plus clairement dans sa documentation sur les températures extrêmes : la batterie « est conçue pour se charger entre 0 °C et 45 °C » et les appareils « sont conçus pour arrêter la charge si la température est inférieure à zéro ». Ring va jusqu’à orienter les habitants des régions exposées aux intempéries vers ses modèles filaires. Arlo classe de son côté les températures sous 0 °C parmi les premiers facteurs de perte d’autonomie.

Ce que reçoit vraiment un panneau solaire en décembre

Nous avons interrogé PVGIS, l’outil de calcul solaire du Centre commun de recherche de la Commission européenne, pour quatre villes françaises, sur un plan horizontal, et moyenné les quatre années 2020 à 2023 de la base PVGIS-SARAH3.

VilleIrradiation en décembre (kWh/m² par mois)Irradiation en juillet (kWh/m² par mois)Rapport juillet / décembre
Lille19,4166,28,6 fois
Paris24,5184,67,5 fois
Lyon31,5207,96,6 fois
Marseille51,6238,04,6 fois
Plan horizontal, moyenne 2020-2023, base PVGIS-SARAH3, calculs effectués le 2 septembre 2026 à partir de l’API MRcalc de PVGIS 5.3.

Un panneau correctement incliné rattrape une partie du retard, parce que le soleil d’hiver est bas sur l’horizon. Toujours d’après PVGIS, un plan orienté au sud et incliné à 38°, l’inclinaison optimale calculée pour Paris, reçoit 44,6 kWh/m² en décembre contre 180,2 en juillet : le rapport tombe de 7,5 à 4,0. C’est mieux, et c’est rarement ce que vous installez, car le petit panneau posé à plat sur le dessus d’une caméra travaille dans des conditions bien plus proches du plan horizontal.

Appliquons ce rapport aux chiffres d’eufy. Les 450 à 900 mAh par jour annoncés en ensoleillement optimal deviennent 112 à 225 mAh par jour en décembre avec un panneau bien incliné, et 60 à 120 mAh par jour avec un panneau à plat. Face à une consommation de 100 à 200 mAh par jour, la première hypothèse tient tout juste l’équilibre et la seconde est en déficit permanent. La batterie de 13 000 mAh sert alors de réservoir tampon : elle absorbe le creux de novembre à février, à condition d’entrer dans l’hiver pleine.

Point de vigilance

Un panneau posé à plat, sur une façade nord, ou à l’ombre d’un arbre en hiver, cumule les deux handicaps : un gisement solaire divisé par sept ou plus et une charge bloquée dès la première gelée. Dans ce cas, le solaire ne repousse pas la recharge manuelle, il la déplace au printemps.

Batterie ou filaire : ce que chaque solution sait faire

La différence décisive n’est pas l’autonomie, c’est l’enregistrement continu. Une caméra sur batterie filme sur détection et rien d’autre. Reolink l’écrit sans détour dans son support technique : « les caméras Reolink sur batterie ne prennent généralement pas en charge l’enregistrement continu, en raison des limites d’alimentation ». Seules quelques références y échappent grâce à « une capacité de batterie étendue et des stratégies logicielles » : les séries Atlas, la TrackMix LTE Plus et la sonnette batterie de 2e génération.

Cette limite a une conséquence pratique que personne ne mentionne en magasin : sur batterie, ce qui s’est passé avant le déclenchement du capteur n’existe pas. Une plaque d’immatriculation lisible juste avant la détection, une silhouette qui longe le mur sans entrer dans la zone de détection, un véhicule stationné toute la nuit : rien de tout cela n’est enregistré. Pour une enquête d’assurance ou un dépôt de plainte, c’est souvent là que se trouve l’information utile.

CritèreBatterie Wi-FiFilaire sur prise secteurFilaire PoE
Enregistrement continu 24 h/24Non, sauf rares modèles à grosse batterieOuiOui
PoseQuelques minutes, aucune saignée, aucun électricienPrise étanche à proximité immédiateCâble Cat 5e jusqu’à 100 m depuis le switch
Fonctionnement par temps de gelFilme jusqu’à -20 °C mais ne se recharge plus sous 0 °CInsensibleInsensible
Entretien annuel2 à 6 recharges, échelle compriseAucunAucun
Coupure de courantLa caméra filme, mais la box coupe le Wi-Fi et les notificationsTout s’arrêteTout s’arrête, sauf onduleur sur le switch
Électricité consomméeNégligeable, l’énergie est déplacée sur le chargeurEnviron 10 kWh par an à 1,19 WJusqu’à 105 kWh par an à 12 W
Déplacer la caméraImmédiatLimité par la priseRecâblage
Synthèse des documentations constructeurs TP-Link, Ring, eufy, Arlo et Reolink, consultées le 2 septembre 2026.

Deux points du tableau méritent d’être détaillés. Le PoE, pour Power over Ethernet, fait passer l’alimentation et les données dans le même câble réseau : une seule gaine à tirer, et jusqu’à 100 m en Cat 5e ou supérieur d’après Reolink. C’est la solution des installations sérieuses, mais elle suppose un switch PoE ou un enregistreur, donc un point central à héberger, comme n’importe quelle box domotique digne du nom.

Second point : la coupure de courant n’avantage pas la batterie autant qu’on le croit. La caméra survit, mais votre box internet non. Sans Wi-Fi, plus de notification, plus de flux à distance. Seul l’enregistrement sur carte microSD continue, ce qui rend le stockage local sans abonnement nettement plus intéressant qu’un simple argument de prix.

Combien coûte une caméra filaire en électricité chaque année ?

Moins de 14 € hors taxes par an dans le pire des cas. Le support Reolink indique une consommation inférieure à 12 W pour la majorité de ses caméras PoE, dont la RLC-811A. Douze watts en continu font 105 kWh sur un an, soit 13,75 € hors taxes au prix réglementé de 13,08 c€/kWh applicable au 1er février 2026.

Le détail vaut le détour, parce que l’argument écologique est souvent brandi à l’envers. Reolink classe ses caméras PoE par paliers : moins de 8 W pour les modèles les plus sobres, moins de 12 W pour l’essentiel du catalogue, et précise que « la consommation est affectée par l’état des LED infrarouges, des projecteurs, des puces et des capteurs ». Le chiffre de 12 W est donc un maximum, atteint la nuit projecteurs allumés, pas une moyenne annuelle.

À l’autre extrémité, une caméra conçue pour la batterie mais laissée branchée consomme très peu : la fiche technique de la Tapo C425 annonce 1,19 W en usage typique et 2,09 W au maximum, soit environ 10,4 kWh et 1,36 € hors taxes sur l’année. Le prix retenu ici est celui de l’énergie seule, tel que publié par la Commission de régulation de l’énergie pour le Tarif Bleu option Base : 13,08 c€/kWh hors taxes au 1er février 2026, hors abonnement, taxes et contributions. Il faut aussi compter la consommation permanente du switch PoE ou de l’enregistreur, qui reste allumé pour toutes les caméras à la fois.

Bon à savoir

Une quinzaine d’euros d’électricité par an, abonnement et taxes exclus, ne fait pencher aucune balance. Le débat batterie contre filaire ne se joue pas sur la facture d’électricité, mais sur ce que vous acceptez de faire vous-même : monter à l’échelle deux à six fois par an, ou tirer un câble une seule fois.

Comment faire tenir une caméra sur batterie douze mois

Douze mois sans intervention restent atteignables, à condition de traiter la caméra comme un appareil à budget énergétique. Tous les réglages ci-dessous agissent sur le nombre de réveils ou sur leur durée, les deux seules variables qui comptent.

  • Restreindre la zone de détection au portail et à l’allée, en excluant la rue et le trottoir. Une caméra qui voit passer les voitures des voisins se réveille des dizaines de fois par jour.
  • Activer la détection de personne plutôt que la détection de mouvement seule. Les chats, la pluie et les branches représentent l’essentiel des fausses alertes, donc de la consommation inutile.
  • Se priver du direct. TP-Link précise que « le temps d’utilisation comprend l’enregistrement et le visionnage des vues en direct » : chaque coup d’œil depuis l’application est facturé sur le même budget que les enregistrements.
  • Limiter la durée des clips à 15 ou 20 secondes au lieu du maximum proposé.
  • Couper les projecteurs si un éclairage extérieur existe déjà. Arlo comme Reolink citent les spots parmi les postes les plus gourmands.
  • Vérifier le signal Wi-Fi à l’emplacement exact de la caméra. Arlo range la liaison faible parmi les causes de perte d’autonomie, et la Tapo C425 ne fonctionne qu’en 2,4 GHz, une bande encombrée mais qui traverse mieux les murs.
  • Incliner le panneau solaire vers le sud, autour de 38°, l’inclinaison optimale que PVGIS calcule pour Paris, au lieu de le laisser à plat sur la caméra.
  • Recharger volontairement fin novembre, avant la première gelée. Une batterie qui entre l’hiver à 100 % traverse décembre et janvier ; une batterie entamée s’éteindra en plein hiver, quand la charge sera bloquée par le froid.

Un dernier critère se juge avant l’achat : la batterie est-elle amovible ? Sur la Tapo C425, la fiche technique parle d’une « batterie lithium-ion rechargeable intégrée », donc d’une caméra à décrocher et à rapatrier à l’intérieur pour la recharge. Les modèles à batterie extractible, ou livrés avec une deuxième batterie, transforment une corvée d’une nuit en un échange de trente secondes sur l’échelle.

Quelle alimentation choisir selon votre situation ?

Le mode d’alimentation se déduit de trois questions : avez-vous le droit de percer, avez-vous besoin de savoir ce qui s’est passé entre deux détections, et acceptez-vous de monter à l’échelle deux fois par an ? Deux réponses sur trois suffisent presque toujours à trancher.

Locataire, façade impossible à percer, besoin temporaire

La batterie gagne sans discussion. Aucune saignée, aucune autorisation à demander, une caméra qui part avec vous au déménagement. Acceptez d’emblée le principe de deux à six recharges par an et choisissez l’emplacement en fonction de l’accès, pas seulement du champ de vision : la caméra la mieux placée est celle que vous pourrez décrocher sans louer un échafaudage.

Entrée de garage, allée passante, commerce

Le filaire, et si possible le PoE. Sur un point de passage, la caméra sur batterie se réveille en permanence, ce qui ramène les 300 jours annoncés à quelques semaines, et l’absence d’enregistrement continu vous privera précisément des secondes qui précèdent l’événement. C’est aussi le seul montage qui alimente proprement un enregistreur local, en complément d’une installation domotique gérée depuis Home Assistant.

Portail, dépendance ou terrain sans électricité

Batterie plus panneau solaire séparé, pas le petit panneau intégré. Reolink propose par exemple un panneau de 6 W en option sur l’Argus 4 Pro, à installer là où le soleil tape, câble jusqu’à la caméra. Prévoyez tout de même une recharge manuelle à la sortie de l’hiver dans le nord de la France : avec 19,4 kWh/m² en décembre à Lille contre 51,6 à Marseille, la même installation ne vit pas la même année.

Vous voulez de l’archive et aucun abonnement

PoE et enregistreur local, sans hésiter. C’est le seul montage qui conserve plusieurs jours de vidéo continue chez vous, sans envoyer quoi que ce soit à un serveur distant. Le sujet rejoint alors celui des données que les fabricants collectent, où le choix du stockage compte davantage que la marque de la caméra.

Ce que Matter 1.5 change pour les caméras

La Connectivity Standards Alliance a publié Matter 1.5 le 20 novembre 2025, et cette version introduit enfin les caméras dans la norme. D’après l’annonce officielle, la spécification couvre le flux vidéo et audio en WebRTC, le pilotage de la rotation et du zoom, les zones de détection et de confidentialité, et « des options de stockage flexibles, y compris l’enregistrement continu ou événementiel vers des destinations locales ou cloud ».

Deux enseignements pour un achat fait aujourd’hui. Le premier, encourageant : la norme prévoit explicitement l’enregistrement événementiel, celui des caméras sur batterie, à côté de l’enregistrement continu. Les deux modes d’alimentation ont donc leur place dans l’écosystème à venir. Le second, plus prosaïque : une spécification n’est pas un produit certifié, et les caméras Matter restent rares dans les rayons. Le mode d’alimentation, lui, se décide définitivement le jour de la pose. Pour le reste de ce que la norme promet et ne tient pas encore, notre dossier sur Matter fait le point.

Reste la question de départ. Sur le papier, une caméra sur batterie peut tenir l’année : la Tapo C425 à 230 secondes d’usage quotidien, l’eufyCam S3 Pro avec un panneau bien exposé. En pratique, sur une façade française orientée nord, entre une zone de détection trop large, quelques coups d’œil sur le direct et des semaines de charge impossible par temps de gel, c’est le filaire qui tient l’année sans que vous y pensiez. La batterie, elle, tient la saison.