En bref
- Ce qui décide de la compatibilité n’est ni le Wi-Fi ni l’application, c’est le bornier de la chaudière. Trois familles d’interface cohabitent en France : le contact sec, le bus OpenTherm et une dizaine de bus propriétaires.
- Le contact sec est le plus répandu et le plus permissif : deux fils, un contact qui se ferme, la chaudière démarre. Netatmo exige seulement 2 fils à contact sec, 120 VA de courant de commutation maximum et un cos phi supérieur à 0,8.
- OpenTherm est une liaison 2 fils basse tension sans polarité qui permet de moduler la puissance du brûleur au lieu de l’allumer et de l’éteindre. Son logo se trouve près du bornier de la chaudière.
- Un bus propriétaire (eBUS Vaillant, KM-Bus Viessmann, EMS Buderus, Heatronic e.l.m. leblanc, Eco Radio System Frisquet) n’est pas OpenTherm et ne se branche pas à sa place. Il faut alors un adaptateur, ou se rabattre sur le contact sec quand la chaudière en offre un.
- Deux cas sortent du cadre : la pompe à chaleur, où le thermostat vient compléter la loi d’eau sans la remplacer, et le chauffage électrique, où il n’y a pas de bornier à câbler mais un fil pilote.
Pourquoi une chaudière peut refuser un thermostat connecté ?
Parce qu’un thermostat ne parle pas à une chaudière par le Wi-Fi : il se raccorde physiquement à un bornier, et ce bornier n’a pas le même langage d’un fabricant à l’autre. Trois familles coexistent en France : le contact sec en tout ou rien, le bus OpenTherm modulant, et les bus propriétaires. Elles ne sont pas interchangeables.
Le contact sec est le dénominateur commun. Le thermostat n’y envoie aucune information, il ferme ou ouvre un simple contact électrique, exactement comme un interrupteur : contact fermé, la chaudière chauffe ; contact ouvert, elle s’arrête. C’est la configuration d’usine par défaut du récepteur tado°, qui la nomme « Relais (contact sec) » dans son manuel pour installateurs professionnels.
Le bus numérique fait tout autre chose : il fait dialoguer les deux appareils. L’OpenTherm Association définit son protocole, dans sa documentation en anglais, comme un système de communication indépendant des fabricants entre appareils de chauffage modulants et thermostats d’ambiance. Le thermostat n’ordonne plus « chauffe » ou « arrête », il transmet une consigne que la chaudière traduit en puissance de brûleur.
Le problème vient de la troisième famille. Plusieurs fabricants ont développé leur propre bus avant ou à côté d’OpenTherm, et ces bus ne sont pas compatibles entre eux. Le catalogue de compatibilité France distribué par Hager en recense une dizaine pour le seul marché hexagonal : BS Bus, Buderus BF Bus, Buderus EMS et EMS+, Heatronic Bus de Junkers et e.l.m. leblanc, Vaillant eBus, Viessmann KM Bus, Wolf eBus, sans compter les interfaces analogiques 24 V de Junkers et Vaillant.
La démarche est la même que pour le fil neutre des interrupteurs connectés : ouvrir, regarder, puis acheter. Dans l’ordre inverse, on paie deux fois.
Comment identifier le bornier de la chaudière en dix minutes ?
Coupez l’alimentation de la chaudière, déposez le capot avant, repérez le bornier basse tension et lisez les étiquettes des bornes. Deux bornes seules, souvent reliées par un pontet métallique, signent un contact sec. Deux bornes marquées OT, eBUS, EMS, CL ou KM-Bus signent un bus. La notice de la chaudière tranche définitivement.
Point de vigilance
Le bornier thermostat n’est pas un bornier d’alimentation. La notice Saunier Duval de la Themaplus est explicite : « le connecteur est destiné au raccordement d’un programmateur. En aucun cas, il ne doit recevoir d’alimentation du réseau 230 V. » Appliquer 230 V sur une entrée prévue en basse tension détruit la carte électronique, et la garantie avec. Coupez le disjoncteur de la chaudière avant d’ouvrir le capot, et si le doute persiste sur l’identification des bornes, faites finir le diagnostic par un chauffagiste.
Ce qu’il faut avoir sous la main
- La marque, le modèle exact et l’année de la chaudière : ils figurent sur la plaque signalétique, souvent collée derrière la trappe ou sous l’appareil.
- La notice d’installation, celle du chauffagiste et non celle de l’utilisateur : c’est la seule qui contient le schéma de raccordement. Elle se retrouve en PDF sur le site du fabricant à partir de la référence.
- Un tournevis pour la trappe de raccordement, et une lampe torche : les étiquettes de bornes sont sérigraphiées en petit, souvent dans l’ombre.
- Un téléphone, pour photographier le bornier avant de toucher au moindre fil.
Le diagnostic, étape par étape
- Coupez le disjoncteur de la chaudière et vérifiez qu’elle est bien éteinte avant de déposer le capot. Le manuel installateur tado° pose la même règle en tête de sa procédure de câblage : « Vérifiez toujours le manuel de la chaudière avant de procéder au câblage. Identifiez l’interface de contrôle et vérifiez si elle est prise en charge. »
- Cherchez le logo OpenTherm. L’association précise qu’il se trouve près du bornier de l’appareil de chauffage comme du thermostat. Il peut être caché derrière un panneau amovible. Sa présence est un droit d’usage accordé par licence après certification, donc une garantie réelle et pas un argument marketing.
- Lisez les étiquettes des bornes. Le manuel installateur tado° donne la correspondance : RT et RT pour un relais libre de potentiel, L et SL pour un relais 230 V, OT(-) et OT(+) pour OpenTherm, eBUS(-) et eBUS(+) pour Vaillant et Saunier Duval, B et B pour le HT-Bus d’e.l.m. leblanc et Junkers, EMS(1) et EMS(2) pour Buderus, CL- et CL+ pour le BS-Bus d’Atlantic, Chappée, Elco et Brötje.
- Repérez le pontet. Sur une chaudière livrée sans thermostat d’ambiance, un pont métallique relie les deux bornes pour fermer le circuit en permanence. Saunier Duval l’écrit noir sur blanc : « S’il n’est pas prévu de programmateur d’ambiance sur l’installation, laisser le pontet sur les deux bornes du bornier. » Ce pontet est le signe le plus fiable d’une entrée en contact sec disponible, et il devra être retiré à la pose du thermostat.
- Vérifiez la tension de l’entrée. Certaines chaudières attendent un contact libre de potentiel, d’autres commutent du 230 V. Ce n’est pas le même thermostat, et ce n’est pas non plus le même câblage. Le tableau du manuel installateur distingue les deux cas par des bornes différentes, RT et RT dans un cas, L et SL dans l’autre.
- Terminez par l’outil de compatibilité du fabricant du thermostat, avec la référence exacte relevée sur la plaque signalétique. C’est le seul contrôle qui engage le vendeur, et il permet de rattraper les cas particuliers que le bornier seul ne révèle pas.
Contact sec ou OpenTherm : qu’est-ce que ça change vraiment ?
Le contact sec pilote la chaudière en tout ou rien : elle chauffe à pleine puissance, puis s’arrête. OpenTherm module : le thermostat transmet une consigne de température d’eau, et le brûleur ajuste sa puissance en continu. Netatmo résume la différence sur son blog : sur une chaudière modulante, l’alternance marche-arrêt disparaît.
| Critère | Contact sec (tout ou rien) | OpenTherm (modulant) |
|---|---|---|
| Câblage | 2 fils, contact libre de potentiel ou relais 230 V selon la chaudière | 2 fils, basse tension, sans polarité |
| Information transmise | Aucune : le contact est fermé ou ouvert | Consigne de température d’eau, retours d’état de la chaudière |
| Comportement du brûleur | Cycles de marche et d’arrêt | Puissance ajustée en continu |
| Prérequis côté chaudière | Une entrée thermostat d’ambiance, presque toujours présente | Chaudière modulante certifiée OpenTherm, logo près du bornier |
| Eau chaude sanitaire | Non pilotée | Pilotable, mais uniquement sur les chaudières OpenTherm à ballon selon Netatmo |
| Exemple de produit et prix constructeur | Netatmo Thermostat Intelligent, 129,99 € en promotion, 179,99 € en prix courant | Netatmo Thermostat Modulant Intelligent, 219,99 € |
Les exigences électriques du contact sec sont publiées et vérifiables. Netatmo demande « 2 fils à contact sec (ON/OFF) », un courant de commutation de 120 VA maximum, soit 4 A sous 30 V, 1 A sous 110 ou 120 V et 0,5 A sous 220 ou 240 V, et un facteur de puissance supérieur à 0,8. Ces trois lignes suffisent à écarter la quasi-totalité des faux problèmes de compatibilité sur une chaudière individuelle récente.
Attention en revanche à ne pas confondre modulant et connecté. Une chaudière modulante peut parfaitement être pilotée en tout ou rien par un thermostat à contact sec : elle fonctionnera, mais vous perdrez la modulation. C’est le compromis que font la plupart des acheteurs sans le savoir, en choisissant le modèle le moins cher de la gamme.
Et si la chaudière parle un bus propriétaire ?
Un bus propriétaire n’est pas OpenTherm et ne se branche pas à sa place, même si les deux fils se ressemblent. Deux issues existent : un thermostat qui sait parler ce bus précis, ou le repli sur l’entrée en contact sec quand la chaudière en propose une en parallèle. Le catalogue Hager cite d’ailleurs souvent « Relais simple » en interface additionnelle.
| Bus | Marques concernées | Étiquettes de bornes |
|---|---|---|
| OpenTherm | Multimarque, certifié par l’association | OT(-) et OT(+) |
| eBUS | Vaillant, Saunier Duval, Bulex, Hermann | eBUS(-) et eBUS(+) |
| HT-Bus (Heatronic) | e.l.m. leblanc, Junkers | B et B |
| EMS et EMS+ | Buderus | EMS(1) et EMS(2) |
| BS-Bus | Atlantic, Chappée, Elco, Brötje | CL- et CL+ |
| BridgeNet (eBus2) | Chaffoteaux, Ariston | T et B |
| KM-Bus | Viessmann | KM-Bus, kit d’extension obligatoire |
| Analogique 24 V | Vaillant, Junkers | Bornes numérotées : 7, 8 et 9 chez Vaillant, 1, 2 et 4 chez Junkers |
Le cas Frisquet, propre au marché français
Frisquet pilote ses chaudières par un système radio maison, l’Eco Radio System, et non par un bornier standard. Le fabricant propose bien un « cordon pour contact externe » et un « relais 230 V pour commande externe » à son catalogue d’accessoires, mais sans documenter publiquement les modèles concernés.
Netatmo est plus précis, et c’est utile avant d’acheter : son câble de compatibilité chaudière Frisquet, vendu 19,99 €, « permet la compatibilité avec les chaudières Frisquet de modèles Prestige, Hydroconfort et Hydromotix avec Eco Radio System », et le fabricant ajoute que « le modèle Eco Radio System Visio n’est pas compatible ». Un second accessoire, le câble de compatibilité chaudière 220 V à 9,99 €, couvre les installations qui commutent du 230 V. Deux petites lignes de catalogue qui déterminent si votre achat fonctionne ou non.
Le cas Viessmann, ou la compatibilité qui disparaît
Viessmann illustre le piège le plus coûteux : une compatibilité valable sur une génération de matériel et perdue sur la suivante. Deux gammes de chaudières gaz seulement sont compatibles OpenTherm chez le fabricant, les Vitodens 050 et Vitodens 100, pour les modèles commercialisés depuis 2012.
Pour le reste du parc, le kit d’extension tado° sert de passerelle vers le KM-Bus des régulations Vitotronic, « à partir de 2004 jusqu’à mars 2020 ». Et Viessmann prévient dans la foulée : « les nouvelles régulations E3 développées récemment par Viessmann ne sont pas compatibles ». Une chaudière plus récente peut donc être moins ouverte qu’une chaudière de 2010. Le catalogue Hager pose une réserve du même ordre sur le Wolf eBus : « tado° n’est pas compatible avec les systèmes de chauffage Wolf Ebus comprenant des mélangeurs ou installations solaires ».
Le cas de la pompe à chaleur change-t-il la donne ?
Oui, sur un point : une pompe à chaleur se règle d’abord par la loi d’eau, qui lie la température de l’eau de chauffage à la température extérieure. Le thermostat d’ambiance ne remplace pas ce réglage, il le complète. Saunier Duval le formule ainsi : « les deux systèmes sont complémentaires et peuvent s’utiliser conjointement ».
Techniquement, la PAC accepte bien un thermostat en contact sec, mais elle veut savoir à quoi elle a affaire. Le manuel d’installation de la Daikin Altherma basse température expose un paramètre dédié, le [C-05] : la valeur 1 correspond à un thermostat qui « peut uniquement envoyer un état MARCHE/ARRÊT », la valeur 2 à un thermostat capable d’envoyer un état distinct de chauffage et de rafraîchissement. Mal réglé, le thermostat est ignoré ou la PAC se comporte de travers.
La distinction réversible ou non réversible se lit d’ailleurs dans les catalogues. Delta Dore vend le Tybox 1127 en régulation PID ou tout ou rien « pour chaudière ou pompe à chaleur (non réversible) ou poêle à bois », et réserve un modèle distinct, le Tybox 51, aux PAC réversibles avec ses trois modes chaud, froid et arrêt. Un thermostat qui ne connaît que le chauffage ne pilotera jamais la climatisation d’une PAC réversible.
Dernier point souvent mal compris : les PAC Inverter « modulent leur puissance en continu », rappelle Saunier Duval. Leur modulation est déjà gérée en interne par le compresseur, elle ne dépend pas d’OpenTherm. Sur une PAC, chercher à tout prix un thermostat modulant a donc moins de sens que sur une chaudière gaz.
Quand faut-il un module fil pilote à la place ?
Quand le logement est chauffé par des radiateurs électriques. Il n’y a alors ni chaudière ni bornier à câbler : chaque radiateur porte son propre thermostat, et un quatrième conducteur, le fil pilote, lui transmet des ordres de fonctionnement en plus de la phase, du neutre et de la terre. Un thermostat de chaudière n’a tout simplement rien à piloter dans cette configuration.
Le fil pilote est une commande par le signal alternatif 230 V, décrite par Heatzy : aucune tension pour le mode Confort, 230 V permanents pour le mode Éco, 230 V avec alternance négative filtrée pour l’arrêt, 230 V avec alternance positive filtrée pour le hors-gel. Deux ordres supplémentaires, Confort -1 °C et Confort -2 °C, complètent le jeu sur les installations dites 6 ordres. Le conducteur est en principe noir, à côté de la phase, du neutre et de la terre.
La nuance à comprendre avant d’acheter tient en une phrase, celle de la FAQ Heatzy : « Contrairement à un thermostat connecté, le Heatzy Pilote ne mesure pas la température de la pièce. » La consigne reste réglée sur chaque radiateur, le module ne fait qu’automatiser le passage d’un ordre à l’autre. Vous achetez de la programmation, pas de la régulation. Sur un logement mixte, chaudière au rez-de-chaussée et appoint électrique à l’étage, il faut souvent les deux, réunis dans la même application ou dans la même box domotique.
Le sujet dépasse le confort. Selon Legrand, le décret n° 2023-444 du 7 juin 2023 et l’arrêté du 8 juin 2023 imposent un système de régulation des températures dans les logements neufs dès 2027, l’échéance des logements existants ayant été repoussée à 2030. Nous détaillons le calendrier et les exemptions dans notre article sur le thermostat obligatoire et son report à 2030. Reste que le diagnostic ci-dessus, lui, ne dépend d’aucune échéance : il conditionne ce que vous pourrez installer le jour venu.
Que faut-il acheter selon le résultat du diagnostic ?
Le diagnostic débouche sur cinq cas de figure, et chacun ouvre une seule bonne famille de produit. La règle générale est simple : ne payez le supplément du modulant que si le logo OpenTherm est réellement présent sur la chaudière, sinon vous achetez une fonction que votre installation ne saura pas utiliser.
- Deux bornes libres avec un pontet, pas de logo OpenTherm : c’est un contact sec. La quasi-totalité des thermostats connectés grand public conviennent, à condition de respecter les limites de commutation du constructeur, 120 VA chez Netatmo.
- Logo OpenTherm ou bornes OT(-) et OT(+) : prenez un thermostat modulant. Le pilotage de l’eau chaude sanitaire suit, mais seulement si la chaudière possède un ballon.
- Bornes eBUS, EMS, CL, B ou KM-Bus : vérifiez d’abord l’existence d’une entrée contact sec en parallèle. Sinon, il vous faut un thermostat qui gère ce bus précis, parfois avec un module additionnel, et l’outil de compatibilité du fabricant devient obligatoire.
- Pompe à chaleur : contrôlez que le thermostat est déclaré compatible PAC, et distinguez réversible de non réversible. Réglez ensuite la loi d’eau avant de juger le thermostat.
- Radiateurs électriques : passez sur un module fil pilote, un par radiateur ou un gestionnaire centralisé. Aucun thermostat de chaudière ne fera l’affaire.
Un dernier réflexe évite les mauvaises surprises après la pose : ces thermostats se programment tous depuis une application, donc depuis un compte constructeur et une connexion internet. La question à poser au vendeur avant d’acheter rejoint celle de la domotique sans abonnement : que reste-t-il de l’appareil si le service en ligne s’arrête ? Sur un thermostat, la réponse minimale acceptable est qu’il continue de réguler seul, sur sa dernière consigne connue, et que la commande manuelle reste opérante.