En bref
- Décaler une consommation ne rapporte que si l’écart de prix existe vraiment : 0,1589 € le kWh en heures creuses contre 0,2142 € en heures pleines au Tarif Bleu, et 0,1356 € contre 0,7295 € entre une heure creuse bleue et une heure pleine rouge chez Tempo, grille du 1er août 2026.
- Le chauffe-eau est le seul gros poste que le réseau a déjà prévu d’asservir : le compteur Linky expose un contact sec, et un contacteur jour/nuit relevé à 20,90 € suffit à en faire un automatisme.
- Le chauffe-eau n’est pourtant pas le sujet des jours rouges Tempo. En heures creuses, le kWh rouge ne coûte que 19 % de plus que le bleu. Le vrai gisement, c’est tout ce qui tournerait en heures pleines un jour rouge.
- Lave-linge et lave-vaisselle n’exigent aucun matériel supplémentaire : leur départ différé suffit. Encore faut-il savoir si la touche règle l’heure de départ ou l’heure de fin, les deux logiques coexistent selon les marques.
- Trois garde-fous décident de la fiabilité de l’ensemble : la température de consigne du ballon, l’état du relais après une coupure de courant, et la limite de 4 A du contact sec du compteur.
Décaler, oui, mais l’écart de prix décide de tout
Un compteur qui affiche la consommation en temps réel ne fait économiser strictement rien. Ce qui fait baisser la facture, c’est l’écart entre deux prix du kWh, multiplié par le nombre de kilowattheures que l’on parvient à déplacer d’une plage vers l’autre. Le premier travail consiste donc à regarder cet écart en face.
| Contrat et plage horaire | Prix TTC du kWh |
|---|---|
| Tarif Bleu, option Base, 6 kVA | 0,2001 € |
| Tarif Bleu, heures pleines | 0,2142 € |
| Tarif Bleu, heures creuses | 0,1589 € |
| Tempo, jour bleu, heures creuses | 0,1356 € |
| Tempo, jour bleu, heures pleines | 0,1654 € |
| Tempo, jour blanc, heures creuses | 0,1536 € |
| Tempo, jour blanc, heures pleines | 0,1921 € |
| Tempo, jour rouge, heures creuses | 0,1615 € |
| Tempo, jour rouge, heures pleines | 0,7295 € |
Deux enseignements sortent de ce tableau. Au Tarif Bleu, l’écart entre heures pleines et heures creuses est de 0,0553 € par kWh, soit 26 % : réel, mais modeste. Chez Tempo, l’écart entre une heure pleine d’un jour rouge et une heure creuse d’un jour bleu atteint 0,5939 € par kWh, soit un rapport de 5,4. C’est une autre échelle, et elle ne concerne que 22 jours par an.
L’option Tempo, réservée aux contrats d’au moins 6 kVA, découpe l’année en 300 jours bleus, 43 jours blancs et 22 jours rouges d’après EDF. Les jours rouges tombent uniquement entre le 1er novembre et le 31 mars, hors week-end et jours fériés nationaux. Les heures pleines vont de 6h à 22h, les heures creuses de 22h à 6h, sur tout le territoire et quelle que soit la couleur du jour.
Quels appareils décaler, et dans quel ordre ?
Trois postes seulement méritent d’être automatisés : le chauffe-eau, parce qu’il est déjà câblé pour, le lave-linge et le lave-vaisselle, parce qu’ils embarquent la fonction, et la recharge du véhicule électrique, parce que c’est de loin le plus gros bloc d’énergie déplaçable. Le reste ne pèse pas assez pour justifier du matériel.
Le chauffe-eau, le seul poste que le réseau a prévu d’asservir
Un chauffe-eau électrique consomme 800 kWh par personne et par an selon EDF, et l’eau chaude sanitaire pèse jusqu’à 20 % de la consommation d’énergie d’un foyer. Pour trois personnes, cela fait 2 400 kWh par an, entièrement déplaçables puisque l’eau se stocke.
Le calcul est immédiat avec la grille du 1er août 2026. Ces 2 400 kWh coûtent 514,08 € s’ils sont chauffés en heures pleines, contre 381,36 € en heures creuses, soit 132,72 € d’écart annuel. EDF avance de son côté une économie « jusqu’à 70 euros par an » sur la même page, sans préciser la taille du foyer : les deux ordres de grandeur encadrent le gain réel selon que vous êtes deux ou quatre.
Passer ce même chauffe-eau en Tempo, toujours en heures creuses, ramène la facture à 334,27 € par an en pondérant les 300 jours bleus, 43 jours blancs et 22 jours rouges. Le gain supplémentaire est de 47 €. Autrement dit : le chauffe-eau justifie l’automatisation heures creuses, il ne justifie pas à lui seul le passage à Tempo.
Lave-linge et lave-vaisselle : le départ différé suffit
Aucun module à acheter ici, la fonction est dans la machine. Le piège est ailleurs : deux logiques opposées cohabitent, et la notice est le seul moyen de savoir laquelle vous avez sous les doigts.
- La logique « heure de fin ». Sur le lave-linge Bosch WAN28258FR, la touche Fin dans se règle jusqu’à 24 heures et, dit la notice officielle, « définissez l’heure de fin du programme. La durée du programme est déjà comprise dans le nombre d’heures réglé ». Régler 8 heures à 22h ne lance pas le cycle à 6h du matin : la machine le termine à 6h.
- La logique « heure de départ ». Sur les lave-vaisselle Bosch, le départ différé se règle de 1 à 24 heures et retarde le démarrage. La même marque, deux appareils, deux raisonnements inverses.
- La logique « fenêtre de tir ». Chez Miele, activer la fonction SmartGrid transforme le départ différé en SmartStart : la notice décrit une « plage horaire entre 30 minutes et 24 heures » pendant laquelle un signal extérieur déclenche le cycle, avec un filet de sécurité : « si vous n’avez envoyé aucun signal jusqu’à l’heure de départ la plus tardive possible, le lave-linge démarre automatiquement ». C’est le seul des trois modes réellement pilotable par une box domotique.
La recharge du véhicule électrique, le vrai gisement Tempo
C’est ici que les 22 jours rouges prennent leur sens. Une recharge de 40 kWh coûte 29,18 € en heures pleines un jour rouge, contre 5,42 € en heures creuses un jour bleu : 23,76 € d’écart pour un seul branchement. Aucun autre appareil domestique ne présente une amplitude pareille.
Le même raisonnement vaut, en plus petit, pour tout ce qui pourrait tourner en journée un jour rouge. Un cycle de lave-linge d’un kilowattheure coûte 0,73 € lancé à 15h un jour rouge, et 0,16 € lancé la nuit suivante. Décaler de huit heures divise la dépense par 4,5.
Contacteur jour/nuit ou relais connecté : lequel choisir ?
Le contacteur jour/nuit classique obéit au signal du compteur, rien d’autre. Le relais connecté obéit à ce que vous programmez, y compris à la couleur Tempo du lendemain. Le premier suffit pour un chauffe-eau au Tarif Bleu ; le second devient nécessaire dès qu’une condition dépend d’une information que le compteur n’envoie pas.
| Critère | Contacteur jour/nuit | Contacteur connecté Legrand 412171 | Relais Shelly Pro 1 |
|---|---|---|---|
| Source de la commande | Contact sec du compteur uniquement | Passage heures pleines / heures creuses du compteur, plus l’application | Programmation logicielle, réseau local |
| Calibre annoncé | 20 A (Nov’Elec) à 25 A (Legrand 412500) | 20 AX, charges jusqu’à 4800 W | 16 A en contact sec |
| Largeur | 1 à 2 modules | 1 module de 17,5 mm | Boîtier rail DIN |
| Connexion | Aucune | Passerelle Netatmo requise | Wi-Fi, Ethernet, Bluetooth |
| Sait ignorer un jour rouge Tempo | Non | Non, sauf programmation manuelle | Oui, via une box qui lit l’API RTE |
| Fonctionne si Internet tombe | Oui | Partiellement | Oui si la logique est locale |
| Prix relevé | 20,90 € à 59,90 € | Non publié par Legrand | Non relevé chez deux marchands |
Le contacteur connecté Legrand 412171 occupe une position intermédiaire intéressante : sa fiche annonce le pilotage d’un chauffe-eau, d’un chauffage ou d’une recharge de véhicule jusqu’à 16 A, et la documentation Legrand précise qu’il « pourra s’allumer ou s’éteindre automatiquement lors du passage HP ou HC de votre compteur électrique », avec quatre états accessibles au bouton : OFF permanent, OFF AUTO, ON en marche forcée temporaire et ON AUTO. Il reproduit donc le contacteur classique, en ajoutant la commande à distance, mais il reste aveugle à la couleur du jour.
Pour piloter une borne de recharge, Legrand propose aussi un contact sec connecté qui attaque l’entrée contact sec de la borne plutôt que sa puissance, livré avec un transformateur de courant de 80 A maximum. C’est la bonne approche : on ne coupe jamais l’alimentation d’un chargeur en pleine session, on lui envoie un ordre.
Mettre en place le pilotage, étape par étape
Comptez une demi-heure si le contacteur est déjà là, une intervention d’électricien s’il faut le poser. Les trois premières étapes se font sans outil.
- Vérifier ce qui existe déjà. Ouvrez le tableau électrique et cherchez, à côté du disjoncteur du chauffe-eau, un module portant un curseur à trois positions. C’est le contacteur jour/nuit. S’il est présent, l’automatisme existe : il n’y a rien à acheter.
- Remettre le curseur sur Auto. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Un curseur laissé sur la position marche forcée après un besoin ponctuel d’eau chaude fait chauffer le ballon en permanence, heures pleines comprises. Sur le modèle connecté Legrand, l’équivalent s’appelle ON, à distinguer de ON AUTO.
- Contrôler le signal du compteur. Le chauffe-eau reste, comme l’écrit la fiche SéQuélec n°17 de juin 2020, « majoritairement asservi via le contact sec physique (C1-C2) distinct de la sortie TIC ». Ces deux bornes C1 et C2, en partie haute du Linky, ferment un circuit pendant les heures creuses. Si le ballon ne chauffe jamais, ce circuit est le premier suspect.
- Poser le module manquant. Contacteur classique si vous êtes au Tarif Bleu, relais connecté si vous visez Tempo ou une logique conditionnelle. Le raccordement se fait sur un circuit dédié, en aval d’une protection, et relève d’un électricien si vous n’avez pas le schéma de votre tableau en tête.
- Traiter les machines sans matériel. Lave-linge et lave-vaisselle passent par leur départ différé. Prenez trente secondes pour lire dans la notice si le réglage porte sur le départ ou sur la fin, puis calez le cycle pour qu’il se termine avant la reprise des heures pleines.
- Programmer la recharge du véhicule côté borne ou côté voiture. Les deux savent le faire. Une seule des deux doit être active, sinon les fenêtres se contredisent et la voiture reste à 20 %.
Point de vigilance
Le contact sec du compteur n’est pas une sortie de puissance. La fiche SéQuélec n°17 le limite à « 250 V AC maximum en 4 A », sur un circuit « alimenté par l’installation du client ». Il commande la bobine d’un contacteur, jamais la résistance d’un chauffe-eau. Y raccorder directement une charge, c’est détruire le contact.
Comment couper automatiquement les jours rouges Tempo ?
Aucun contacteur ne sait le faire seul, parce que le compteur ne transmet pas la couleur du jour sur son contact sec. Il faut une box domotique qui interroge l’API de RTE, puis un relais qu’elle commande. C’est la seule chaîne qui permette de conditionner un appareil à autre chose qu’une plage horaire.
Côté données, EDF publie la couleur du lendemain dès 11h en ligne, et l’affiche dès 20h sur le compteur communicant. Côté domotique, l’intégration RTE Tempo pour Home Assistant récupère « directement depuis l’API de RTE » la couleur du jour, celle du lendemain, un calendrier sur un an et les compteurs de jours restants par couleur. Elle s’installe par HACS et demande un compte gratuit sur data.rte-france.com pour obtenir un identifiant et un secret.
Si vous partez de zéro sur cette brique, notre tutoriel pour installer Home Assistant pas à pas couvre la mise en route, et notre comparatif pour choisir une box domotique aide à trancher si Home Assistant vous paraît trop lourd. L’ensemble fonctionne sans frais récurrents, comme la plupart des briques recensées dans notre guide de la domotique sans abonnement.
Une fois la couleur disponible, la règle utile tient en une phrase : si le lendemain est rouge, interdire toute recharge et tout cycle de lavage entre 6h et 22h, et n’autoriser la fenêtre 22h-6h qu’à ce prix. Le chauffe-eau, lui, peut rester sur le contact sec sans condition supplémentaire, puisque son heure creuse rouge ne coûte que 19 % de plus qu’une heure creuse bleue.
Les garde-fous que personne ne pose
Une automatisation d’énergie échoue rarement pendant l’installation. Elle échoue trois mois plus tard, après une coupure de courant ou un réglage oublié. Quatre points méritent d’être verrouillés dès le départ.
La température du ballon n’est pas une variable d’ajustement
Baisser la consigne pour consommer moins est tentant, et c’est là que le risque de légionelles apparaît. L’arrêté du 30 novembre 2005 impose, pour un volume de stockage supérieur ou égal à 400 litres, que l’eau soit « en permanence à une température supérieure ou égale à 55 °C à la sortie » ou « portée à une température suffisante au moins une fois par 24 heures ».
Un ballon domestique de 150 à 300 litres reste sous ce seuil réglementaire, mais la logique sanitaire, elle, ne change pas avec le volume. EDF recommande « un réglage entre 50 à 55 °C », et le même arrêté plafonne l’eau à 50 °C aux points de puisage des pièces destinées à la toilette pour le risque de brûlure. La fourchette utile est donc étroite, et une automatisation qui raccourcit la chauffe au point de ne plus atteindre la consigne quotidienne sort de cette fourchette sans prévenir.
Le comportement du relais après une coupure
Un contacteur électromécanique retrouve seul son état, puisqu’il ne fait que suivre la bobine. Un relais connecté, lui, décide. La documentation du Shelly Pro 1 expose trois choix sous « Action on power on » : Turn ON, Turn OFF et Restore last known state of output/relay.
Pour un chauffe-eau, le réglage sûr est Turn OFF combiné à une automatisation qui réévalue la situation au démarrage. Turn ON transforme la moindre microcoupure en chauffe intégrale en heures pleines, et Restore reproduit un état qui n’a plus de sens si la coupure a duré six heures. La même page documente une fonction Auto off qui coupe la sortie après un délai en secondes : c’est un filet de sécurité utile en cas de perte du réseau.
La marche forcée doit rester exceptionnelle
Le curseur de marche forcée existe pour une raison précise : relancer une chauffe après un pic d’usage. Il n’a aucune temporisation mécanique sur les modèles simples, donc rien ne le ramène en position automatique. C’est la première chose à vérifier quand une facture augmente sans explication, avant de soupçonner le contacteur ou le compteur.
Ne pas tout déclencher à la même seconde
Chauffe-eau, lave-linge et borne de recharge programmés sur le même top horaire additionnent leurs puissances d’appel au même instant, et une puissance souscrite de 6 kVA n’y résiste pas toujours. Décalez les départs de quinze à trente minutes, ou passez par une fonction de délestage : Legrand la propose sur sa gamme connectée en associant son contact sec connecté à un module dédié. La même précaution vaut si vous pilotez plusieurs circuits depuis des modules posés dans le tableau ou derrière les interrupteurs.
La réforme des heures creuses change-t-elle vos réglages ?
Elle change vos horaires, pas votre matériel. Enedis déplace progressivement les plages d’heures creuses de 14,5 millions de clients, dont 3,5 millions avaient déjà des horaires compatibles. Les appareils asservis au contact sec suivent automatiquement, sans intervention. Les programmations écrites en dur, elles, ne suivent pas.
Le principe retenu conserve « huit heures creuses par jour, dont au moins cinq heures consécutives la nuit », en déplaçant jusqu’à trois heures vers l’après-midi en été, entre 11h et 17h, quand la production solaire est la plus forte. La bascule a commencé le 1er novembre 2025 avec 1,7 million de clients, et se poursuit avec 9,3 millions de clients supplémentaires jusqu’en octobre 2027.
La conséquence pratique est simple et souvent mal comprise. Enedis précise que la mise à jour se fait à distance « y compris pour les usages asservis comme les chauffe-eaux, à condition que ceux-ci soient bien connectés à Linky via le contact sec ». Un chauffe-eau piloté par le contact sec n’a donc rien à changer. Un chauffe-eau piloté par une horloge, une prise programmable ou une automatisation qui dit « démarrer à 23h30 » continuera d’obéir à un horaire qui n’est plus le bon, et chauffera en heures pleines sans que rien ne l’indique.
Bon à savoir
Si vous avez basculé dans la nouvelle version de la réforme, vérifiez vos plages sur votre espace client avant de recalculer quoi que ce soit. Une automatisation domotique doit lire la plage réelle, pas celle que vous aviez notée en 2023. Sur Home Assistant, l’idéal est de faire piloter la logique par l’état du contact sec plutôt que par une heure fixe : le compteur devient alors la seule source de vérité, et la réforme se traverse sans rien retoucher.