Suivi de consommation Comparatif

Suivre sa consommation en temps réel : TIC, pince ou app

Sortie TIC du Linky, pince de mesure ou application du fournisseur : ce que chaque solution voit vraiment, à quelle seconde, et à quel prix.

Petit boîtier de mesure blanc, pince ampèremétrique refermée sur un câble et smartphone écran éteint posés sur une tablette en chêne clair

En bref

  • Deux familles voient le direct, la troisième ne le verra jamais. La sortie de télé-information du Linky diffuse les données du compteur toutes les 2 secondes et une pince de mesure lit le courant en instantané, quand une application de fournisseur affiche au mieux la journée de la veille, par tranches de 30 minutes.
  • Il n’y a rien à faire activer chez Enedis. La note Enedis-PRO-CF_55E écrit que la sortie de télé-information « est activée par défaut sur le compteur en mode “historique” et ne peut pas être désactivée ». Seul le passage au mode standard se demande, et il se demande à votre fournisseur.
  • Le ticket d’entrée local est de 49 €. C’est le prix officiel du module LiXee ZLinky_TIC v2 relevé le 2 septembre 2026, autoalimenté par le compteur, labellisé « Linky Ready » par le laboratoire Enedis, sans pile, sans prise et sans abonnement.
  • Sans Linky, il ne reste que la mesure de courant. Un compteur à pince raccordé à la tension du réseau est aussi le seul appareil du lot à donner des watts réels et un facteur de puissance. Comptez 47,87 € pour un Shelly EM Gen3 monophasé, de 105 € à 142,90 € HT pour un Shelly Pro 3EM triphasé, prix relevés le 2 septembre 2026.
  • L’écran clé en main coûte cher et passe par le cloud. Ecojoko est vendu 199 € ou loué 7,99 € par mois : au-delà de 25 mois, la location coûte plus cher que l’achat, soit 479,40 € sur cinq ans contre 199 €.

Peut-on vraiment suivre sa consommation électrique en temps réel ?

Oui, mais uniquement en branchant quelque chose chez vous. La fiche SéQuélec n° 17, cosignée par Enedis, indique que la télé-information client « permet la transmission, toutes les 2 secondes, des données du client ». Une pince, elle, mesure le courant elle-même et n’attend rien du compteur. Aucune application de fournisseur n’y arrive : Enedis écrit que « la courbe de charge la plus récente disponible est celle de la veille ».

Cette phrase d’Enedis, tirée de son propre guide d’activation de la collecte de données, règle la question de fond. Le compteur Linky mesure en permanence, mais il ne remonte au distributeur qu’une fois par jour, et par tranches de 30 minutes. Tout ce que votre fournisseur peut vous montrer dans son application est donc, par construction, de l’histoire. Utile pour comprendre une facture, inutile pour savoir ce qui consomme 800 W en ce moment dans votre cuisine.

Le vrai temps réel ne sort que de deux endroits : le bornier de télé-information du compteur, qui diffuse ce que le compteur mesure, ou un capteur de courant posé sur vos câbles, qui mesure lui-même. Le reste du choix est un arbitrage entre ce que vous voulez voir, ce que vous acceptez de brancher et ce que vous acceptez d’envoyer sur internet.

TIC, pince ou application : le comparatif

Les trois familles ne se départagent pas sur un score global : elles ne mesurent pas la même chose. Le tableau ci-dessous les compare sur des critères identiques, y compris ceux que les fiches produit passent sous silence, comme la grandeur électrique réellement transmise ou la nécessité d’ouvrir le tableau électrique.

CritèreSortie TIC du LinkyPince ou tore de mesureApplication du fournisseur
RafraîchissementTrame toutes les 2 secondes (Enedis, SéQuélec) ; 10 s par défaut côté ZLinky_TIC, réglable de 7 à 60 sMesure instantanée, période de remontée non communiquée par le constructeurDonnées de la veille, par pas de 30 minutes
Grandeur transmisePuissance apparente en VAPuissance active en W, tension, courant, facteur de puissanceÉnergie en Wh par tranche de 30 minutes
Fonctionne sans LinkyNonOui, y compris sur installation ancienneNon
Mesure circuit par circuitNon, total du logementOui, une pince par départNon
Voit les index et la période tarifaireOui, y compris Tempo et heures creusesNonOui
Fonctionne sans internetOui, en Zigbee localOui, par API locale ou MQTTNon
Intervention dans le tableauNon, bornier à ressort sans outilOui, raccordement au tableauAucune
Ticket d’entrée49 € (ZLinky_TIC v2)47,87 € (Shelly EM Gen3) à 142,90 € HT (Shelly Pro 3EM)0 €
AbonnementAucunAucunAucun
Limite principaleTotal du logement seulement, et en VAIgnore la tarification, précision dégradée sous 1 ANe sera jamais du temps réel
Caractéristiques issues des spécifications Enedis-NOI-CPT_54E et de la fiche SéQuélec n° 17 pour la colonne TIC, des fiches constructeur et du test de Révolution Énergétique pour la colonne pince, du guide Enedis « Activer/Désactiver la collecte de données » pour la colonne application. Prix relevés le 2 septembre 2026, susceptibles d’évoluer.

Trois lauréats, un par profil d’usage. Vous avez un Linky et vous voulez le chiffre juste, y compris la tarification : le module de télé-information, à 49 €, est imbattable. Vous voulez savoir quel appareil consomme quoi, ou vous n’avez pas de Linky : la pince, à partir de 47,87 €, est le seul outil qui répond. Vous voulez comprendre votre facture sans rien acheter : l’espace client Enedis, gratuit, suffit.

Que donne exactement la sortie TIC du Linky ?

La sortie de télé-information client, ou TIC, est un bornier de trois contacts repérés I1, I2 et A, présent sur tout compteur Linky. Selon la fiche SéQuélec n° 17, il diffuse en permanence les grandeurs mesurées par le compteur et met « une puissance de 130 mW à disposition des récepteurs ». Le module qui s’y branche n’a donc besoin ni de pile ni de prise.

La quantité d’informations dépend du mode dans lequel le compteur est programmé. C’est le point que la plupart des guides confondent, et il change ce que vous verrez sur votre tableau de bord.

Mode historique : ce que vous avez déjà

Le mode historique transmet à 1200 bauds un jeu de données hérité des anciens compteurs bleus électroniques : les index de consommation selon l’offre souscrite, la période tarifaire en cours, l’intensité souscrite, l’intensité instantanée, l’intensité maximale appelée et l’avertissement de dépassement de puissance. La spécification Enedis-NOI-CPT_54E y ajoute l’étiquette PAPP, la puissance apparente, décrite comme « S (en VA), arrondi à la dizaine la plus proche ».

Cet arrondi à 10 VA est la vraie limite du mode historique. Sur une charge de 3 000 W, il est invisible. Sur une veille de l’ordre de 100 VA, ces mêmes 10 VA représentent un dixième de la mesure. C’est suffisant pour suivre un chauffe-eau, insuffisant pour traquer les consommations fantômes.

Mode standard : ce que la bascule ajoute

Le mode standard passe à 9600 bauds et enrichit franchement la trame. Là où le mode historique livrait des ampères et une puissance arrondie, le mode standard fournit l’étiquette SINSTS, la puissance apparente instantanée en VA sur cinq chiffres, donc au VA près, mais aussi la tension efficace URMS1 en volts et le courant efficace IRMS1 en ampères. Next.ink résume l’écart de résolution : « la puissance instantanée est précise à 1 W près en mode standard, au lieu de 10 W en mode historique ». Une précision d’unité s’impose : Next.ink parle de watts là où la spécification Enedis compte des VA. C’est bien la résolution qui change d’un facteur dix, pas la grandeur mesurée, qui reste une puissance apparente dans les deux modes.

Le mode standard ajoute aussi ce qu’aucune pince ne saura jamais reconstituer : les dix index sur la grille du fournisseur et les quatre index sur la grille du distributeur, la puissance apparente maximale atteinte sur la journée et sur la veille, les horodates de début et de fin de pointe mobile pour les offres à jours de pointe, la position des huit contacts virtuels du compteur, et les deux derniers points de la courbe de charge, ceux-là exprimés en watts sous les étiquettes CCASN et CCASN-1.

Concrètement, le mode standard est ce qui permet à une automatisation de savoir qu’un jour Tempo rouge commence à telle heure, ou de déclencher un délestage avant un dépassement de puissance souscrite. Si vous vous contentez d’afficher une courbe de consommation, le mode historique fait le travail.

Le ZLinky_TIC, le module de référence

Le LiXee ZLinky_TIC v2 est vendu 49,00 € TTC sur la boutique du fabricant, prix relevé le 2 septembre 2026. Il se clipse sur les bornes de la TIC, se passe de toute alimentation externe puisqu’il est « alimenté par votre compteur Linky », et publie les données en Zigbee 3.0 sur 2,4 GHz. Le fabricant précise que « cette version hardware + la version firmware v14 a été labellisée “Linky Ready” par le laboratoire Enedis » : ce label, décrit dans l’annexe A de la spécification Enedis-NOI-CPT_54E, garantit le respect des caractéristiques électriques du bus.

Le dépôt officiel du projet indique que « l’appareil fonctionne avec le mode Historique et standard du compteur Linky », en monophasé comme en triphasé, et que la période d’acquisition vaut 10 secondes par défaut, réglable de 7 à 60 secondes. Vous ne descendrez donc pas sous les 7 secondes de granularité, quoi que diffuse le compteur.

Comme tout périphérique Zigbee, il lui faut un coordinateur : une clé USB sur un serveur domotique ou une box compatible. Si vous partez de zéro, notre comparatif des box domotique Home Assistant, Jeedom et Homey pose le décor, et notre guide d’installation de Home Assistant pas à pas décrit la mise en route. Le choix du protocole, lui, est traité dans notre dossier Matter, Thread, Zigbee et Z-Wave.

Point de vigilance

Vérifiez votre modèle de compteur avant d’acheter. LiXee indique que « le module n’est pas compatible avec les Linky ISKRA ITRON et LANDYS GYR ayant un port USB », qui n’exposent que deux broches de télé-information. Le fabricant signale aussi que le Linky ne remonte pas les index d’injection photovoltaïque en mode standard pour les contrats CACSI : si vous produisez, votre production restera invisible côté TIC.

Faut-il faire activer la sortie TIC chez Enedis ?

Non. Sur un Linky, il n’y a rien à activer et rien à payer. La note Enedis-PRO-CF_55E, reprise à l’identique en Enedis-NMO-CF_060E le 15 septembre 2025, est catégorique : la TIC « est activée par défaut sur le compteur en mode “historique” et ne peut pas être désactivée ». Vous pouvez brancher un module ce soir sans prévenir personne.

La démarche qui existe, et que la plupart des articles confondent avec une activation, est le changement de mode. La même note d’Enedis précise que « le fournisseur titulaire du point de connexion peut demander à Enedis le passage du mode “historique” au mode “standard” et inversement sur le portail SGE d’Enedis », et que « la programmation du compteur est réalisée par téléopération ». Vous ne passez donc pas par Enedis : vous passez par EDF, TotalEnergies, Engie ou votre fournisseur, qui saisit la demande. La fiche SéQuélec n° 17 le formule dans l’autre sens et dit la même chose : « il faut que le client le demande à son fournisseur d’électricité. Le fournisseur informera le GRD via (SGE) pour l’activer ».

Cette bascule porte le code de prestation F185. Next.ink la décrit comme « non facturée » et réalisée en « généralement moins de 24 h », sans visite de technicien, ce qui est cohérent avec la téléopération décrite par Enedis. Aucune visite, aucun rendez-vous, aucun frais.

Point de vigilance

Le code F185 recouvre plusieurs actes, et tous ne sont pas gratuits. Dans le catalogue des prestations Enedis pour les particuliers, dans sa version actualisée au 1er novembre 2023, la seule version officielle que nous avons pu vérifier, l’option 1 de la fiche F185, « activation de la sortie télé-information du compteur électronique », est facturée 34,22 € TTC en heures ouvrées et 58,90 € hors heures ouvrées. Cette ligne concerne un ancien compteur bleu électronique, pas un Linky, dont la TIC est déjà active. Demandez explicitement un « changement de mode de fonctionnement de la TIC vers le mode standard » et non une « activation », et faites confirmer la gratuité avant validation : le catalogue en vigueur depuis le 1er août 2026 n’est publié que sous forme d’application web, non vérifiable ligne à ligne.

Dernier point pratique : le mode courant de votre compteur se lit directement sur son afficheur, en faisant défiler les écrans. Inutile d’appeler qui que ce soit pour savoir où vous en êtes.

Pourquoi la TIC et la pince n’affichent pas le même chiffre ?

Parce qu’elles ne mesurent pas la même grandeur physique. La spécification Enedis-NOI-CPT_54E décrit PAPP en mode historique et SINSTS en mode standard comme des puissances apparentes, exprimées en VA. Un compteur d’énergie à pince comme le Shelly Pro 3EM mesure, lui, tension et courant séparément, et en déduit la puissance active en watts. Sur une charge non résistive, les deux nombres diffèrent.

L’écart s’appelle le facteur de puissance. Un radiateur, un grille-pain, un ballon d’eau chaude sont des charges quasi purement résistives : leurs VA valent leurs watts, et les deux mesures se rejoignent. Un moteur de pompe à chaleur, un transformateur, une alimentation à découpage bon marché ou un moteur de lave-linge appellent du courant décalé par rapport à la tension : ils consomment plus de VA que de W. Le compteur Linky lit et transmet les VA. Votre facture, elle, porte sur des kWh d’énergie active.

Trois conséquences pratiques. D’abord, un tableau de bord alimenté par la TIC affichera une puissance instantanée légèrement supérieure à la puissance réellement facturée sur les charges inductives : ce n’est pas un bug, c’est l’unité. Ensuite, les index de consommation transmis par la TIC, eux, sont bien en Wh et correspondent exactement à ce que vous payez : c’est sur eux qu’il faut construire un suivi de coût, pas sur la puissance instantanée. Enfin, si vous voulez connaître le facteur de puissance de vos appareils, seule une pince avec référence de tension vous le donnera.

Un point de vigilance amusant du côté du mode standard : les deux derniers points de courbe de charge, étiquettes CCASN et CCASN-1, sont eux exprimés en watts. Le compteur sait donc calculer de l’actif, il ne le publie simplement pas en instantané.

Quand la pince ampèremétrique est-elle le bon choix ?

Dans trois cas précis : vous n’avez pas de Linky, vous voulez mesurer un circuit particulier plutôt que le total du logement, ou vous voulez des watts réels et un facteur de puissance. La pince ne lit pas le compteur, elle mesure le champ magnétique autour d’un câble et le convertit en courant, ce qui la rend indifférente au modèle de compteur installé.

Deux références servent de repères de gamme. En monophasé, le Shelly EM Gen3 est un boîtier deux canaux livré avec une pince de 50 A, annoncé à « ± 2 % » sur la mesure de courant entre 2 et 50 A comme sur la mesure de tension, avec MQTT, WebSocket et HTTP en local. Il était affiché 47,87 € chez Domotique-Store le 2 septembre 2026. En triphasé, le Shelly Pro 3EM se monte sur rail DIN et arrive avec trois tores de 120 A ; il était affiché 105 € chez Sunethic et 142,90 € HT chez IP&Go le 2 septembre 2026, après un prix catalogue de 143,88 € constaté en janvier 2026 par Révolution Énergétique.

La précision se dégrade en bas de gamme de mesure

C’est le chiffre que les fiches produit résument en « 1 % » et qu’il faut lire en entier. Le test du Shelly Pro 3EM par Révolution Énergétique détaille la tolérance par gamme : « env. 1% de 2 à 120 A, env. 2 % de 1 à 2 A, env. 5 % de 0 à 1 A ». Sous 1 A, soit environ 230 VA sur une phase à 230 V, la tolérance annoncée tombe donc à environ 5 %.

Autrement dit, une pince généreusement dimensionnée pour un tableau général de 120 A est un mauvais outil pour mesurer une veille de 30 W. La logique de dimensionnement est la même que pour un ampèremètre de laboratoire : choisissez le calibre le plus proche de la charge à mesurer, et réservez le gros tore au départ général.

Bonne nouvelle en revanche sur l’autonomie logicielle : le même test note que « l’application n’est pas obligatoire pour consulter les données, puisque le tableau de bord Shelly est aussi accessible via un navigateur internet », et que l’appareil expose « webhooks, MQTT, possibilité d’intégrer des scripts personnalisés » vers « des plateformes domotiques comme Jeedom ou Home Assistant ». Un compteur à pince bien choisi fonctionne donc entièrement sur votre réseau local, sans compte en ligne.

Point de vigilance

Contrairement au module de télé-information, un compteur à pince s’installe dans le tableau électrique. Le test de Révolution Énergétique décrit un « montage sur rail DIN (dans un tableau électrique) » protégé « idéalement en 2A pour des raisons de sécurité » : l’appareil doit être raccordé à la tension du réseau pour calculer une puissance active. Cela veut dire couper l’alimentation générale, travailler dans un tableau sous tension résiduelle et respecter les règles de protection. Si l’idée de sortir un tournevis devant votre tableau vous met mal à l’aise, faites appel à un électricien ou restez sur la sortie TIC, dont le bornier à ressort se connecte sans outil et sans coupure. Le même réflexe s’applique à tout appareil de tableau : voyez nos vérifications préalables sur le fil neutre et les interrupteurs connectés.

Les écrans clé en main valent-ils leurs 199 € ?

Ils valent leur prix pour qui ne veut ni serveur domotique ni configuration, et à condition d’accepter le cloud. Ecojoko, la référence française du genre, annonce sur son site que « à l’achat, le prix est de 199€ », que « l’offre de location est à 7,99€ par mois, sans engagement » et que l’ensemble « s’installe sans électricien en moins de 10 min ». C’est le seul des trois camps qui vend une expérience finie.

Le produit existe en deux générations de capteur, et la différence est décisive. La version d’origine utilise un capteur à effet Hall collé sur le disjoncteur, sans contact et donc sans risque électrique, qui fonctionne même sans compteur communicant. La version plus récente remplace ce capteur par une clé branchée sur la prise de télé-information du Linky. Le test comparatif de Révolution Énergétique conclut que cette version offre des mesures nettement plus précises que la déclinaison à capteur sans contact, et rappelle que lors d’un premier essai fin 2021, sur un disjoncteur triphasé, le capteur sans contact remontait « des informations de consommation totalement erronées ».

La contrepartie est structurelle : l’assistant doit être « connecté à internet », et le même test décrit un moniteur qui « transmet ensuite les données aux serveurs Ecojoko », avec « une mémoire interne supportant 8 heures d’interruption consécutives ». Votre courbe de consommation, c’est-à-dire l’horaire précis de vos présences, douches et cuissons, quitte donc votre domicile. C’est un arbitrage légitime, mais c’est un arbitrage : nous détaillons ce que révèlent ces flux dans notre dossier sur les données qui partent chez le fabricant.

L’arithmétique de la location mérite trente secondes d’attention. À 7,99 € par mois contre 199 € à l’achat, le point de bascule tombe à 25 mois : au-delà de deux ans, la location coûte plus cher. Sur cinq ans, elle représente 479,40 €, soit 280,40 € de plus que l’achat. La location n’a de sens que pour essayer, ou pour lisser une dépense que l’on ne veut pas engager d’un coup.

Une note sur la concurrence : le nrLINK de MyEM, souvent cité comme alternative, affiche trois prix contradictoires selon les sources consultées le 2 septembre 2026, aucune page constructeur consultable et des indices de fin de commercialisation. Nous ne le chiffrons donc pas et nous ne le recommandons pas en l’état.

Pourquoi l’application de votre fournisseur ne suffira jamais ?

Parce que la donnée qu’elle affiche est produite ailleurs et arrive trop tard. Le guide Enedis « Activer/Désactiver la collecte de données » l’écrit sans détour : « la courbe de charge la plus récente disponible est celle de la veille ». Pour un compteur de moins de 36 kVA, la fréquence de collecte est un « pas de 30 min ». Aucune application ne peut inventer ce que le réseau ne transporte pas.

Deuxième surprise : cette courbe de charge n’existe pas par défaut dans votre espace client. Le même document précise que « les données enregistrées ne seront collectées et visibles sur votre compte client que si vous activez la collecte (pour les compteurs Linky) ». L’interrupteur se trouve dans « Vos données énergétiques > Gérer la collecte de la courbe de charge ». Si vous n’avez jamais coché cette case, votre historique demi-horaire est vide, et il ne se remplira pas rétroactivement.

Troisième limite, l’historique. Toujours selon ce guide, un compteur de consommation de moins de 36 kVA conserve « 134 jrs soit 4,5 mois (à partir de la 1ère collecte) » d’enregistrement, et l’espace client affiche « 2 ans maximum à partir de la date de mise en service ». C’est confortable pour comparer deux hivers, court pour une analyse fine.

Ce que l’application fait bien, en revanche, mérite d’être dit. Elle est gratuite, sans matériel et sans installation. Elle donne les index réellement facturés, donc la vérité comptable. Le catalogue des prestations Enedis liste la collecte et la transmission récurrente de la courbe de charge, fiche F300C, ainsi que la transmission des index quotidiens, fiche F305, comme « non facturées ». Pour comprendre une facture ou détecter une dérive de mois en mois, elle suffit. Pour identifier l’appareil qui tourne en ce moment, elle est inutile.

Reste une quatrième voie, gratuite et souvent oubliée : Voltalis installe son boîtier sans frais, et l’annonce ainsi : « le boîtier Voltalis vous coûte zéro euro : rien à débourser, pas de frais de dossier, pas d’abonnement ». Son application MyVoltalis permet bien de « suivre sa consommation électrique en temps réel ». La contrepartie est explicite sur son site : Voltalis « peut agir en temps réel sur demande de RTE et réduire pendant quelques minutes la consommation électrique de milliers d’appareils connectés à son boîtier », et est « rémunérée par le système électrique pour ces services rendus ». Vous ne payez pas en euros, vous payez en pilotage de vos radiateurs et de votre chauffe-eau. À vous de dire si l’échange vous convient.

Combien coûte le suivi de consommation sur cinq ans ?

De 0 € à 479,40 €, pour un même besoin de base. Aucune de ces solutions n’impose d’abonnement, sauf l’offre de location Ecojoko, qui en est un. Le tableau ci-dessous met les prix relevés le 2 septembre 2026 en face d’un horizon de cinq ans, durée de vie raisonnable d’un module de mesure.

SolutionPrix relevéFrais récurrentsCoût sur 5 ans
Espace client Enedis ou application du fournisseur0 €Aucun0 €
Boîtier Voltalis0 €Aucun, contrepartie en pilotage du chauffage0 €
Shelly EM Gen3 monophasé, pince 50 A incluse47,87 € (Domotique-Store)Aucun47,87 €
LiXee ZLinky_TIC v249,00 € (boutique LiXee)Aucun49,00 € hors coordinateur Zigbee
Shelly Pro 3EM triphasé, 3 tores 120 A105,00 € (Sunethic) à 142,90 € HT (IP&Go)Aucun105,00 € à 142,90 € HT
Shelly Pro 3EM 400 A209,95 € (Reichelt)Aucun209,95 €
Ecojoko à l’achat199,00 € (site Ecojoko)Aucun199,00 €
Ecojoko en location0 €7,99 €/mois479,40 €
Prix relevés le 2 septembre 2026 sur les sites des fabricants et de quatre revendeurs. Coût sur 5 ans = prix d’achat, ou 7,99 € × 60 mois pour la location. Le ZLinky_TIC suppose un coordinateur Zigbee déjà en place ; ajoutez le prix de la box si vous partez de zéro. Ces prix évoluent, vérifiez avant achat.

Deux lectures sautent aux yeux. Sur cinq ans, le ticket d’entrée de chacune des deux familles matérielles reste sous 50 €, ce qui range ce poste parmi les moins chers de la maison connectée : notre dossier sur la domotique sans abonnement chiffre ce que coûtent, en comparaison, les abonnements vidéo et de télésurveillance. Et l’écart entre les deux formules Ecojoko, 280,40 € sur cinq ans, dépasse le prix de la solution matérielle la plus chère de ce tableau.

Comment choisir en quatre questions

Le choix se règle sans hésitation en répondant dans l’ordre. Chaque question élimine une famille.

  1. Avez-vous un compteur Linky ? Non : la pince est votre seule option locale, ou l’Ecojoko à capteur sans contact si vous voulez du prêt à l’emploi, et seulement en monophasé : Révolution Énergétique a relevé « des informations de consommation totalement erronées » avec ce capteur sur un disjoncteur triphasé. Oui : passez à la question suivante.
  2. Voulez-vous savoir quel appareil consomme, ou combien consomme le logement ? Par appareil ou par circuit : pince, une par départ. Total du logement, avec la tarification et les index facturés : module de télé-information.
  3. Avez-vous déjà un serveur domotique ou une box Zigbee ? Oui : le ZLinky_TIC à 49 € est le meilleur rapport information sur prix du marché. Non : soit vous en installez un, soit vous prenez un écran clé en main et vous acceptez le cloud.
  4. Avez-vous besoin des données du mode standard ? Pilotage sur jours Tempo, index par grille tarifaire, délestage avant dépassement : oui, demandez la bascule à votre fournisseur. Simple courbe de consommation : le mode historique par défaut suffit, ne demandez rien.

Checklist avant d’acheter

  • Relever la marque du compteur sur son étiquette, et écarter le ZLinky_TIC si c’est un Linky Iskra, Itron ou Landis+Gyr à port USB.
  • Faire défiler l’afficheur du compteur pour lire le mode de télé-information en cours, avant toute demande au fournisseur.
  • Vérifier que le module retenu porte le label « Linky Ready » du laboratoire Enedis.
  • Pour une pince, choisir le calibre au plus près de la charge à mesurer, et pas le plus gros tore disponible.
  • Pour un compteur de tableau, prévoir la protection dédiée et l’espace sur rail DIN, ou budgéter un électricien.
  • Vérifier que l’appareil expose une API locale, MQTT ou Zigbee, et qu’il fonctionne sans compte en ligne.
  • Activer la collecte de la courbe de charge dans l’espace client Enedis dès aujourd’hui : gratuite, elle ne se remplit pas rétroactivement.
  • Si vous partez sur une location, poser la date à laquelle elle dépasse l’achat, ici 25 mois.

Les six pièges du suivi de consommation en temps réel

Ce sont les erreurs que l’on voit revenir sur les forums, et qui coûtent soit de l’argent, soit des semaines de données inexploitables.

  • Demander une « activation de la TIC » sur un Linky. Elle est déjà active et ne peut pas être désactivée. Formulez votre demande comme un changement de mode, sous peine de tomber sur la ligne de catalogue à 34,22 € TTC prévue pour les anciens compteurs électroniques.
  • Basculer en mode standard sans en avoir besoin. La bascule change le format de la trame. Un vieux gestionnaire d’énergie ou un module resté en mode historique peut cesser de fonctionner du jour au lendemain. Vérifiez d’abord ce qui est déjà branché sur le bornier.
  • Prendre les VA de la TIC pour des watts. Sur les charges inductives, l’écart est réel et permanent. Construisez vos calculs de coût sur les index en Wh, pas sur la puissance apparente instantanée.
  • Poser une pince de 120 A pour mesurer une veille. Sous 1 A, soit environ 230 VA, la tolérance annoncée du Shelly Pro 3EM passe à environ 5 % selon le test de Révolution Énergétique. Le bon calibre compte plus que la marque.
  • Croire que « sans abonnement » veut dire « sans cloud ». Un Ecojoko acheté 199 € ne coûte plus rien ensuite, mais il continue d’envoyer votre courbe de consommation aux serveurs de l’éditeur. Sans internet, il ne tient que huit heures de mémoire.
  • Oublier d’activer la collecte chez Enedis. Elle est gratuite, elle prend une minute, et sans elle votre historique demi-horaire n’existe pas. Faites-le même si vous installez du matériel local : c’est votre référence de contrôle, et la seule source qui corresponde exactement à votre facture.

Questions fréquentes

Comment suivre sa consommation électrique en temps réel avec un Linky ?

En branchant un module sur la sortie de télé-information client du compteur, un bornier à trois contacts repérés I1, I2 et A. La fiche SéQuélec n° 17 indique que cette sortie transmet les données du compteur toutes les 2 secondes. Le LiXee ZLinky_TIC v2, vendu 49,00 € TTC sur la boutique du fabricant le 2 septembre 2026, est autoalimenté par le compteur et publie ces données en Zigbee 3.0.

Faut-il demander à Enedis d'activer la sortie TIC du Linky ?

Non. La note Enedis-PRO-CF_55E écrit que la sortie de télé-information est activée par défaut sur le compteur en mode historique et qu'elle ne peut pas être désactivée. Il n'y a donc rien à activer ni à payer : vous pouvez brancher un module immédiatement. Seul le passage au mode standard fait l'objet d'une demande, et elle se formule auprès de votre fournisseur, pas d'Enedis.

Le passage du Linky en mode standard est-il payant ?

Next.ink décrit cette bascule, référencée sous le code de prestation F185, comme « non facturée » et réalisée en « généralement moins de 24 h », sans visite de technicien. Attention à la formulation : dans le catalogue des prestations Enedis actualisé au 1er novembre 2023, l'option 1 de la fiche F185, « activation de la sortie télé-information du compteur électronique », est facturée 34,22 € TTC en heures ouvrées, mais elle concerne un ancien compteur bleu électronique et non un Linky.

Une pince ampèremétrique fonctionne-t-elle sans compteur Linky ?

Oui, c'est même son principal avantage. Une pince mesure le champ magnétique autour d'un câble et ne dépend donc pas du modèle de compteur installé, y compris sur une installation ancienne. Elle est aussi la seule des trois familles capable de mesurer un circuit particulier au lieu du total du logement, et de donner une puissance active en watts avec le facteur de puissance.

Pourquoi la puissance affichée par la TIC diffère-t-elle de mes kWh facturés ?

Parce que la sortie TIC transmet une puissance apparente en VA, et non une puissance active en watts. La spécification Enedis-NOI-CPT_54E décrit l'étiquette PAPP du mode historique comme « S (en VA), arrondi à la dizaine la plus proche », et SINSTS en mode standard comme une puissance apparente en VA. Sur les charges inductives, moteurs et alimentations à découpage, les VA dépassent les watts. Les index de consommation transmis, eux, sont bien en Wh et correspondent à votre facture.

L'application de mon fournisseur affiche-t-elle ma consommation en temps réel ?

Non, et Enedis l'écrit dans son guide d'activation de la collecte de données : « la courbe de charge la plus récente disponible est celle de la veille ». Pour un compteur de moins de 36 kVA, la fréquence de collecte est un pas de 30 minutes. Ces données ne sont visibles que si vous avez activé la collecte dans la rubrique « Vos données énergétiques > Gérer la collecte de la courbe de charge ».

Ecojoko est-il plus intéressant à l'achat ou en location ?

À l'achat au-delà de deux ans. Ecojoko annonce 199 € à l'achat et 7,99 € par mois en location sans engagement : le point de bascule tombe donc à 25 mois. Sur cinq ans, la location représente 479,40 €, soit 280,40 € de plus que l'achat. La location n'a de sens que pour essayer le produit ou pour éviter une dépense immédiate.